Pourquoi le calcul de l’are diffère d’un ami au même salaire ?

Deux collègues quittent la même entreprise, avec le même salaire net affiché sur leur fiche de paie. L’un touche une allocation chômage nettement supérieure à l’autre. La situation est fréquente, et la réponse ne tient pas à une erreur de France Travail. Le calcul de l’ARE repose sur le salaire brut, pas sur le net, et surtout sur une série de paramètres que le bulletin de paie mensuel ne suffit pas à comparer.

Salaire brut et primes : ce que le calcul de l’ARE prend vraiment en compte

On compare souvent les salaires en net mensuel. Le problème, c’est que France Travail ne regarde pas ce chiffre. Le point de départ du calcul, c’est le salaire journalier de référence (SJR), obtenu à partir de la totalité des rémunérations brutes perçues pendant la période de référence, primes incluses.

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Concrètement, si votre ami touche un 13e mois versé en décembre et que vous n’en avez pas, son salaire brut annuel est plus élevé, même si vos fiches de paie mensuelles affichent le même montant. Le SJR sera donc différent. Les primes d’ancienneté, les primes de résultat, les heures supplémentaires structurelles gonflent aussi la base de calcul.

À l’inverse, certaines sommes sont exclues du calcul. Les indemnités de licenciement, les indemnités compensatrices de congés payés ou les primes de précarité ne rentrent pas dans le salaire de référence. Deux personnes au même salaire mensuel peuvent donc avoir un écart significatif sur le SJR selon la composition de leur rémunération.

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Deux collègues masculins discutant de différences de calcul de l'ARE dans un café, documents de salaire posés sur la table

Jours travaillés et périodes d’inactivité : le diviseur qui change tout

Depuis la réforme de 2021, le SJR ne divise plus seulement par les jours travaillés. On divise désormais le total des salaires bruts par l’ensemble des jours calendaires de la période de référence (24 mois pour les moins de 53 ans, 36 mois pour les 55 ans et plus), y compris les jours non travaillés.

C’est le mécanisme qui crée les plus gros écarts entre deux profils apparemment identiques. Prenons un exemple concret : vous avez enchaîné deux CDD avec une interruption de trois mois entre les deux. Votre ami, lui, a travaillé en CDI sans interruption sur la même période. Le total des salaires bruts peut être très proche, mais les jours d’inactivité augmentent le diviseur et font baisser le SJR.

Plus votre parcours comporte de trous (inter-contrats, périodes sans emploi, congé sans solde), plus votre allocation journalière sera tirée vers le bas, même avec un salaire identique quand vous travailliez.

Mode de rupture du contrat de travail et durée d’indemnisation

Le montant journalier de l’ARE n’est pas le seul paramètre qui diffère. La durée d’indemnisation dépend directement du nombre de jours travaillés pendant la période de référence. Deux personnes au même salaire mais avec des durées d’emploi différentes n’auront pas les mêmes droits.

Le mode de rupture joue aussi un rôle croissant. À compter du 1er septembre 2026, la durée maximale d’indemnisation sera réduite spécifiquement pour les salariés quittant l’entreprise par rupture conventionnelle individuelle : 15 mois pour les moins de 55 ans au lieu de 18 mois pour un licenciement. Un ami licencié économique et un ami en rupture conventionnelle, au même salaire, n’auront donc pas la même enveloppe totale d’allocation.

Délai de carence et différé d’indemnisation

Avant même de toucher le premier euro, France Travail applique un délai de carence de 7 jours, auquel s’ajoutent deux différés :

  • Un différé lié aux congés payés non pris, calculé à partir de l’indemnité compensatrice de congés payés versée par l’employeur. Plus cette indemnité est élevée, plus le décalage est long.
  • Un différé spécifique lié aux indemnités supra-légales (par exemple, une indemnité de rupture conventionnelle supérieure au minimum légal). Ce différé peut atteindre plusieurs mois.
  • Ces deux différés s’additionnent au délai de carence. Le premier versement peut donc arriver avec plusieurs semaines d’écart entre deux personnes au même salaire, selon les conditions de départ négociées avec l’employeur.

Dégressivité de l’ARE pour les hauts salaires

Depuis 2021, une réduction automatique du montant de l’allocation s’applique aux demandeurs d’emploi dont le salaire brut dépassait un certain seuil. Après plusieurs mois d’indemnisation, l’ARE est réduite d’un coefficient pour les allocataires de moins de 57 ans dont l’allocation journalière dépasse un plancher fixé par l’Unédic.

Si votre ami et vous êtes juste de part et d’autre de ce seuil (parce que ses primes le font basculer au-dessus, par exemple), l’un subira la dégressivité et l’autre non. Le montant mensuel peut alors diverger de façon visible au bout de quelques mois, alors que le salaire de départ était quasi identique.

Femme seule à la maison calculant ses droits à l'ARE avec des documents Pôle Emploi et une calculatrice sur la table de cuisine

Revalorisation annuelle et date d’ouverture des droits

Chaque 1er juillet, l’Unédic revalorise le SJR et les montants plancher/plafond de l’ARE. En juillet 2025, la revalorisation était de 0,5 %. Cette hausse ne concerne que les allocataires dont l’ensemble des rémunérations composant le SJR sont anciennes d’au moins six mois.

Si vous ouvrez vos droits en mars et votre ami en août, il bénéficiera de la revalorisation dès le premier mois, pas vous (ou pas immédiatement). La date de fin de contrat influence donc le montant réel perçu, même à salaire strictement égal. Les retours varient sur ce point, car l’impact dépend du calendrier précis, mais l’écart existe bel et bien.

Ce qu’on oublie souvent de comparer

Quand on dit « même salaire », on omet souvent de vérifier plusieurs éléments qui pèsent dans le calcul :

  • Le taux de cotisation retraite complémentaire, qui diffère selon les conventions collectives et modifie le brut soumis à cotisations.
  • La présence ou non de jours de maladie indemnisés par la Sécurité sociale durant la période de référence, qui peuvent réduire le salaire brut pris en compte.
  • Le temps partiel subi ou choisi : un passage à 80 % pendant quelques mois, même compensé ensuite, modifie la moyenne du SJR sur 24 mois.

L’écart d’allocation entre deux personnes au même salaire net n’est donc pas une anomalie. C’est la conséquence mécanique d’un calcul qui intègre la totalité du parcours professionnel sur deux ou trois ans, pas un simple cliché mensuel. Comparer son ARE à celle d’un collègue sans comparer les bulletins bruts mois par mois, les primes, les interruptions et le mode de rupture, c’est comparer deux résultats sans regarder les opérations.

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